Le Poitevin a ponctué son époustouflant début de saison d'un succès historique à Saint-Pétersbourg. A 22 ans, il est devenu mature pour atteindre la plénitude.
Quatre ans après, Brian Joubert est retourné à Saint-Pétersbourg pour disputer la finale du Grand Prix ISU. Le Poitevin est revenu et il a vaincu. Reçu cinq sur cinq, l'élève de Jean-Christophe Simond mérite un 10 sur 10 en ce début de saison après ce grand chelem écrasant fait de cinq succès en compétition (Masters, Trophée Bompard, Coupe de Russie, championnat de France et finale du Grand Prix) en ayant dominé les dix programmes (courts et longs) qu'il a exécuté.
Moins impérial qu'à Moscou lors de sa victoire éclatante dans l'étape russe de novembre (3 quadruples sauts tentés et réussis dans le libre), Brian Joubert fut sacré roi dans la cité des tsars. Takahashi, son dauphin nippon a tout tenté pour faire vaciller le Poitevin sur son trône. En vain. Oda, le petit Japonais qui monte, a lui aussi donné le meilleur de lui-même pour finir sur la troisième marche du podium.
Mais le vice-champion du monde est trop fort pour ces frêles et impétueux Asiatiques. Malgré une chute (la première en compétition depuis les Jeux de Turin) sur le deuxième quadruple saut, Brian Joubert l'a emporté avec de la marge pour devenir le premier Français à inscrire son nom au palmarès de cette Coupe du monde organisée par la fédération internationale.
En quatre ans de l'eau est passée sous les ponts du Clain et de la Neva. En 2002, un môme de 18 ans inconnu débarquait dans le grand bain avec sa douce insouciance et ses folles ambitions. Troisième de sa première finale, Joubert, révélé au grand jour, allait tout bousculer sur son passage : les règles convenues de ce sport archaïque en proposant un patinage viril et athlétique mais aussi la hiérarchie jusqu'à faire tomber le tsar Plushenko lors de la fameuse révolution française en Hongrie aux championnats d'Europe de Budapest en 2004.
Le virtuose est alors allé plus vite que la musique changeant de partition et n'arrivant pas à s'adapter à son nouveau statut de favori. Le chasseur est devenu chassé. Épié, attendu aux tournants de sa jeune carrière, il est tombé dans les chausse-trappes malignes qui font la mauvaise légende du patinage. L'échec aux JO sous les yeux de dix millions de Français avait fini de ruiner son capital confiance.
“ Brian a toujours été
un bon patineur :
il est devenu
dangereux ”
Joubert joua alors à quitte ou double à Calgary. Seul parmi les siens, il a préparé les championnats du monde 2006 où il se devait de retrouver son crédit. Mais le Poitevin est un champion hors norme. Dans les pires conditions physiques et morales, il sortit au Canada la plus grande compétition de sa vie pour glaner une médaille d'argent qui valait de l'or. Pour la première fois, il pleura à chaudes larmes en quittant la glace. Larmes de joie, larmes de rage. Larmes d'enfant pour un jeune homme qui était devenu grand.
Se nourrissant du passé, il s'octroya les services de Jean-Christophe Simond. L'homme de Haute-Savoie est un taiseux comme le patineur du Bas-Poitou. Rigoureux, méticuleux, calme, expert ès technique, Simond a permis à Joubert d'atteindre la plénitude, la maturité. Joubert a surpassé ses angoisses pour de nouveau inspirer la crainte à ses adversaires. « Brian a toujours été un bon patineur, il est devenu dangereux », confiait à L'Équipe Mishine le mentor de Plushenko.
Le monde du patin a une peur bleue. Car derrière Joubert est apparu un autre tricolore affable et performant. Pour Joubert, Alban Préaubert, excellent quatrième à Saint-Pétersbourg, est d'abord un ami avant d'être un concurrent. La similitude va bien au-delà de la date de naissance (ils sont tous les deux nés un 20 septembre) où de la coïncidence extraordinaire de n'avoir chacun qu'un seul rein. Les deux complices s'entendent comme larrons en foire et se bonifient l'un l'autre : le Poitevin retrouve chez le Carolo l'insouciance de ses débuts et l'enfant de Charleville-Mézières s'enrichit de l'expérience de son aîné. On devrait retrouver les deux complices sur le podium des prochains championnats d'Europe de Varsovie fin janvier.
Source de l'article : La Nouvelle République